par Nidal al-Mughrabi
Le Hamas cherche à intégrer ses fonctionnaires dont 10.000 membres de sa police au sein du nouveau gouvernement palestinien mis en place dans le cadre de la deuxième phase du plan de paix américain pour la bande de Gaza, a appris Reuters de plusieurs sources.
Le groupe palestinien a également accepté d'ouvrir des discussions avec d'autres factions et des médiateurs sur la question de son désarmement, comme le prévoit le "plan Trump", ont déclaré ces sources.
Le Hamas, qui s'est emparé de la bande de Gaza en 2007 après une guerre fratricide avec le Fatah, n'exerce plus désormais son contrôle que sur la moitié ouest du territoire, le reste étant occupé par l'armée israélienne depuis la guerre d'"éradication" déclenchée par Benjamin Netanyahu après les attaques menées par les islamistes contre Israël le 7 octobre 2023.
Après la première phase du plan Trump lancée en octobre, qui s'est traduite par l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu relatif, la libération des otages israéliens vivants, la restitution des dépouilles des otages morts et la libération de centaines de détenus palestiniens, Washington a officiellement inauguré à la mi-janvier la deuxième phase du plan de paix avec la constitution d'un gouvernement de technocrates palestiniens, le Comité national pour l'administration de Gaza (CNAG), chargé de diriger l'enclave sans le Hamas.
Dans une lettre envoyée dimanche à son personnel et consultée par Reuters, le gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza invite ses quelque 40.000 fonctionnaires et membres des forces de sécurité à coopérer avec le CNAG tout en assurant oeuvrer à les intégrer au sein de la nouvelle entité.
Cela concerne entre autres la police, forte de 10.000 hommes, dont nombre d'entre eux patrouillent dans les zones sous contrôle du groupe islamiste, ont déclaré quatre sources à Reuters.
"S'APPUYER SUR UN PERSONNEL QUALIFIÉ"
Aucune rencontre n'a encore eu lieu entre Ali Shaath, nommé à la tête du CNAG, et le groupe islamiste, précise un responsable du Hamas. Selon son porte-parole Hazem Qassem, le groupe est prêt à remettre immédiatement les clés du gouvernement de Gaza au "comité" de 15 membres.
"Nous avons pleinement confiance qu'il fonctionnera en s'appuyant sur un personnel qualifié et en respectant les droits de tous ceux qui ont travaillé pendant la période précédente", a-t-il dit à Reuters.
Les quatre sources interrogées par Reuters déclarent que le Hamas n'est pas opposé à une réorganisation des ministères et à la mise à la retraite de fonctionnaires, mais des licenciements massifs risqueraient selon elles de semer le chaos.
Une question reste également sans réponse, celle de l'autorité qu'exercera Sami Nasman, chargé de la sécurité au sein du CNAG, sur le territoire, a souligné un responsable palestinien.
Originaire de Gaza, Sami Nasman s'est installé en Cisjordanie après la guerre civile de 2007. Il a été condamné par contumace par un tribunal du Hamas pour incitation à la déstabilisation du territoire, des accusations qu'il a rejetées.
Le gouvernement israélien, qui n'a pas répondu à une demande de commentaire, a toujours rejeté toute implication du Hamas dans la gouvernance de l'enclave côtière.
Devant la Knesset lundi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a prévenu : la prochaine phase du plan n'est pas la "reconstruction" mais "la démilitarisation de l'enclave et le désarmement du Hamas".
DÉSARMER, À QUELLES CONDITIONS ?
Le Hamas posséderait toujours des roquettes, par centaines selon plusieurs diplomates, ainsi que des milliers d'armes légères.
L'administration de Donald Trump souhaite que les armes lourdes soient immédiatement mises hors service et que les armes "personnelles" soient "enregistrées et restituées par secteur" au fur et à mesure que la police du CNAG sera en mesure de garantir la sécurité, selon un document transmis par la Maison blanche.
Un responsable américain a déclaré lundi que le désarmement pourrait s'accompagner d'une forme d'amnistie pour les combattants du Hamas, comme le prévoit le plan Trump pour ceux qui renonceraient à la violence.
Si le Hamas a récemment accepté d'entamer des discussions sur cette question, deux responsables du groupe ont déclaré à Reuters que ni Washington ni les médiateurs n'avaient encore présenté au mouvement une proposition concrète ou détaillée.
Un responsable palestinien au fait des négociations sur ce dossier a déclaré que les Etats-Unis avaient approché le Hamas afin d'explorer divers mécanismes impliquant d'autres parties telles qu'Israël, la Turquie, le Qatar et l'Egypte.
"Le Hamas a évoqué la possibilité de neutraliser ses armes, ce qui pourrait se concrétiser s'il y a une trêve, et il est prêt à un cessez-le-feu de longue durée, de cinq années voire un peu plus", a dit ce responsable.
"Mais le Hamas croit fermement qu'un processus de négociation politique sérieux doit être entamé sur la question de l'État palestinien, dans le cadre duquel les armes et les combattants seraient placés sous l'autorité de cet État", a-t-il ajouté.
(Avec la contribution d'Alexander Cornwell; version française Jean-Stéphane Brosse, édité par Sophie Louet)

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer